Veuillez trouver une version imprimable ici : Lundi 29 juin no. 104

Michel Quoist: Je ne crois pas

Mon Dieu, je ne crois pas
que tu fasses tomber la pluie ou briller le soleil
à la carte,
à la demande,
pour que pousse le blé du paysan chrétien,
que réussisse la kermesse ;
que tu trouves du travail au chômeur bien-pensant
et laisses les autres chercher ;
que tu protèges de l’accident
l’enfant dont la mère a prié
et laisses tuer le petit
qui n’a pas de maman pour implorer le ciel ;
que tu donnes toi-même à manger aux hommes
quand nous le demandons,
et les laisses mourir de faim
quand nous cessons de supplier.

Non, je ne le crois pas,
je ne le crois plus,
car je sais maintenant, ô mon Dieu,
que tu ne le veux pas,
que tu ne le peux pas,
parce que tu es amour,
parce que tu es Père
et que nous sommes tes enfants.
Ô mon Dieu, je sais maintenant que tu peux tout
… sauf nous ôter la liberté !

 

Marie Noël: Je ne vous aime pas

Mon Dieu, je ne vous aime pas,
je ne le désire même pas,
je m’ennuie avec vous.
Peut-être même que je ne crois pas en vous.
Mais regardez-moi en passant.
Abritez-vous un moment dans mon âme,
mettez-la en ordre d’un souffle,
sans en avoir l’air, sans rien me dire.
Si vous avez envie que je croie en vous,
apportez-moi la foi.
Si vous avez envie que je vous aime,
apportez-moi l’amour.
Moi, je n’en ai pas et je n’y peux rien.
Je vous donne ce que j’ai :
ma faiblesse, ma douleur.
Et cette tendresse qui me tourmente
et que vous voyez bien…
Et ce désespoir… Et cette honte affolée…
Mon mal, rien que mon mal… C’est tout !
Et mon espérance !

 

Saint Augustin: J’ai longtemps erré

J’ai longtemps erré comme une brebis égarée…
Je t’ai cherché dans les merveilles que tu as créées.
J’ai demandé à la terre si elle était mon Dieu,
elle m’a répondu que non.
Je l’ai demandé à la mer, à ses abîmes,
tous les êtres qu’ils contiennent m’ont répondu :
« Cherchez-le au-dessus de nous. »
J’ai interrogé le ciel, la lune, le soleil, les étoiles,
tous m’ont répondu : « Nous ne sommes pas votre Dieu. »

Maudit soit l’aveuglement qui m’empêchait de te voir.
Maudite soit la surdité
qui ne me permettait pas d’entendre ta voix !
Sourd et aveugle que j’étais,
je ne m’attachais qu’aux merveilles de ta création.
Je me suis fatigué à te chercher hors de moi,
toi qui habites en moi, pourvu que j’en aie le désir.
J’ai parcouru les bourgs et les places publiques,
et je n’ai pas trouvé,
parce que je cherchais en vain ce qui était en moi.
Mais tu m’as éclairé de ta lumière,
alors je t’ai vu et je t’ai aimé,
car on ne peut t’aimer sans te voir,
ni te voir sans t’aimer.
Ô temps malheureux où je ne t’ai point aimé !