La chapelle des Crêts au Grand-Saconnex s’est enrichie de six vitraux de Bodjol.

C’est l’un des plus grands maîtres verriers de notre époque, et cette installation est due à l’initiative d’un paroissien, Léopold Borel, et du pasteur Andreas Fuog. Une brève cérémonie agrémentée d’un récital de musique a marqué le 7 octobre 2016 l’inauguration de ces vitraux dans leur nouveau lieu. Revenons sur cette soirée festive et conviviale.

Léopold Borel, qui est membre de l’Association pour la promotion de l’art sacré, a commencé par nous rappeler l’histoire du verre, qui est connu depuis plus de 5.000 ans.

Selon Pline l’Ancien, auteur d’une encyclopédie scientifique, des Phéniciens (Liban actuel) l’auraient découvert par hasard en faisant du feu sur le sable avec du nitre (salpêtre KNO3). Il faut du sable de quartz, de la soude et de la chaux pour abaisser la température de 1750° à 1000°.

Première utilisation: des bijoux pour les Phéniciens. Puis des récipients par les Égyptiens. Ensuite, le verre apparaît dans les bâtiments. Il s’agit d’un matériau cher et on le réemployait de nombreuses fois. À la Réforme, on a gardé des vitraux pour des questions de sous. La transparence dépend de la température. Ceci était connu depuis le troisième siècle avant Jésus-Christ. Rapidement des vitraux sont apparus dans les églises, surtout dès la naissance du style gothique. On réalise le verre en petite surface jusqu’en 1665. Et c’est en 1952 que l’on invente le verre flotté sur de l’étain fondu.

Il y a une similitude entre la transparence, la modification de la lumière et l’interprétation des textes. L’abbé Suger de la basilique royale de Saint-Denis en 1140 dit ceci: «La transparence du verre donne à sa matière comme une qualité spirituelle et dirige l’âme par des moyens matériels vers ce qui est immatériel.»

Pierre de Roissy à Chartres dit vers 1200 : «Les fenêtres vitrées qui sont dans l’église et par lesquelles se transmet la clarté du soleil signifient les Saintes Ecritures, qui repoussent de nous le mal, tout en nous illuminant.»

Puis Léopold nous a dit quelques mots sur Bodjol, dont le vrai nom était Walter Grandjean. Il est né à Nyon le 26 juin 1919 et est décédé à Genève le 13 janvier 2006. Il a exercé plusieurs métiers en tant que peintre, décorateur de théâtre, peintre verrier, mais sa véritable passion, c’était les vitraux.

Il a fréquenté l’Ecole des Beaux-Arts de Lausanne et a enseigné à celle de Genève de 1956 à 1966. On trouve ses œuvres dans de nombreux édifices du canton: Vandoeuvres, Jussy, Gy, Céligny, St-Germain et les dalles de verre de la chapelle des Acacias, de même qu’ailleurs en Suisse, à l’église réformée de Tramelan, par exemple, et à l’étranger.

Un seul but compte pour Bodjol: «Inscrire la glorification et la passion du Christ dans le verre.»

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Quant à Andreas Fuog, il s’est livré à quelques commentaires sur la signification de ces six vitraux, en nous avouant très humblement: «Au début, je ne comprenais pas le sens de ces vitraux, car Bodjol n’a donné aucune indication. Puis j’ai découvert des correspondances horizontales ou verticales. Pour moi, deux de ces vitraux évoquent la lumière et l’ombre, un autre la croix protestante. Avec le quatrième, on pense au déchirement, à la crucifixion, à la Passion du Christ. Sur le cinquième, les deux bras levés vers le ciel rappellent peut-être Pâques et le triomphe de la Résurrection. Quant au sixième, on peut y voir le symbole de Pentecôte, pourquoi pas? »

Les discours ont été entrecoupés de moments musicaux grâce à Tamara Franzova au clavecin et Mathieu Rouquié au violoncelle. Ils nous ont interprété avec beaucoup de talent des mélodies de Bach ou de Vivaldi notamment.

Avant de partager le verre de l’amitié dans la salle des Crêts, Léopold Borel a tenu a remercié le Conseil de paroisse, qui a soutenu ce projet dès le début, tous les paroissiens qui l’ont généreusement financé par leurs dons, et toutes les personnes qui ont permis l’installation de ces beaux vitraux dans la chapelle des Crêts.

Jean-Pierre Abel